vendredi 29 octobre 2010

Battement

Trois pierres sur un chameau
Au loin la mer fredonne
La ville s’époumone
A se dire ventrue.
Le grain que je caresse
Ecoute ma détresse
M’apaise, me sourit.

Il me conte les traces
Evoque nos semblables
Puis s’ouvre, m’éblouit.
C’est un vrai labyrinthe
Où je plonge, ma quête
S’achève, se nourrit
De lumières qui chantent
De notes qui miroitent
Farandoles d’oublis
Genèses, renaissances
Vies et morts incessantes
Sans termes, infinis.

Trois pierres sur un chameau,
Et une page vierge
Une toile si vide…
Nul besoin de pinceau.

Trois pierres sur un chameau,
Battement de paupière
Pulsation des frontières
Hommages désunis,
Liaisons en vadrouille
Les horizons vacillent
Puis les grains se font poudre
Cet univers se vide
S’écoule, s’évanouit.

Battement de paupière
Aurore sur la terre
Les grains
Refont leur sable,
Le sable devient dunes,
A l’horizon des pierres
Le ciel et des oiseaux.

Trois pierres sur un chameau.

vendredi 9 juillet 2010

Ah, ah, ah...


La pièce était sombre. Et lunatique aussi.
Le long de ses murs couleur d'ombre,
des fils de soie tendus
et des taches verdâtres, drolatiques
s'en donnant à cœur joie.

Sa porte, femelle, était double. Et postiche aussi.
Elle ne s'ouvrait qu'à l'automne.
Des visages rieurs attendaient dès l'aurore
les visiteurs inquiets, soumis à leurs humeurs.
Sous leurs pieds, cliquetis de la forge
titillant, agaçant
leurs nerfs tendus d'opprobre.

Des laquais entichés de futurs catastrophes
égrenaient, fiers, replets, des serments, des reproches
et la pièce tourna au ballet des étoiles
noires
retenant, capturant la lumière.
Avant de l'exhaler.

Un bébé, terrifié vagissait sur sa couche.
L'aube morte sanglotait ses regrets
des soupirs asséchaient les corsages trempés
des nourrices affairés. Pouponnière géante.
Enchaînés, dans leurs geôles, s'époumonent
les justes, fulminent les héros,
tandis que sous l'égide, ses mailles,
bat le cœur trop fragile du modeste héraut.
Il console les riches de n'être pas aimés
tandis que de ses piques il exhorte
cohortes d'affligés romantiques
et le temple vacille
ses colonnes minées.

La pièce s'éclaire. Lunatique encore.
Le long de ses murs fauves
des masques sont cloués.
Et les peaux parfois tombent
en amas poussiéreux.
La brume s'évapore, admoneste ce lieu
qui redevient frivole, équivoque, crayeux.

La pièce s'illumine. Lunatique toujours.
Une goutte de sang s'étale ; disparaît…

Dans les plis de mon crâne où je l'ai dénichée
Gît cette farce ; l'existence.
Quand neurones copulent avec psyché…

Métamorphose

De droiture en maintien
l'homme raide avançait.
Sous ses pieds, des semelles,
du cuir
une autre peau
isolant de la terre,
des bouses, flaques d'eau.
Son corps est une église
en pierre
ses vitraux
mosaïques sévères,
ses flèches portent beau.
Cet édifice brise
les vagues
sur son dos.
De son corps, seuls s'évadent
des signes homologués
humour sûr,
phrases fines
mots,
répliques à propos.

Mais le bout du chemin
fatalement surgit.

Un matin
il se lève
comme un autre matin.
Quand le soir
il se couche
la pierre est craquelée.
Dans son dos
il lui pousse
des poches,
et ses paupières-stores
commencent à s'écarter.
Désormais vésicules
les poches se sont gonflées
et palpitent en mesure
patientes
rassérénées.
De ses pieds
radicelles
poussent désordonnées
et agrippent la terre
ventouses motivées.

Demain les vésicules
doucement
s'ouvriront.
Légères
une à une
sensibles,
dérisoires,
monteront en volutes,
poésies
et histoires.

Des riens


Des vins, fioles, molle paresse
des mots, sons, légère ivresse
des formes, courbes, et des baisers
que tes lèvres, tendresse
aiment tant à donner…

Des rires, soupirs, caresses
des vœux, plaisirs, promesses
rêves ! nobles féeries dorées
que ton âme, prêtresse
aime tant dessiner…

Des vents, la pluie, largesses
des pleurs, des cris, détresse
corps ! exultant ou lovés
que ta peau pécheresse
aime tant cajoler…

Des peu, des riens, des zestes
des guère, soupçons, des presque
des brins, à peine, tantinet
que ton cœur, immodeste
aime tant savourer…

Souvenirs qui affleurent,
fugaces mélopées.

Hors


Je recherche le mont d'où toiser l'univers
L'éminence ambiguë, vestige, ce repère
Absolu. J'embrasserais l'aurore la danse
Du vivant, cavalier des fragrances hormones
Du néant. J'apercevrais la robe les trames
Filaments, j'entendrais les dialogues silence...

J'épouserais le temps.


Je serais hors des règnes des geôles délié
Ne serais qu'interstices espace liaison
Sens, au-delà des signes symboles traces.

Je serais... 

Invitation


J’ai laissé la cascade écrire quelques vers
Et le vent, de sa harpe, dessiner le muguet
J’ai laissé, mon âme, divaguer.

J’ai joint mes doigts, abaissé mes paupières
Entendu, clair, l’écho des murmures, des bruits
Des étoiles, au lointain qui, jadis, scintillèrent
J’ai laissé la Mort, à son ennui.

J’ai suivi les nervures des feuilles de mon âme
Accompagner la sève autant qu’il est permis
J’ai joué au passeur sur le tronçon d’octave
Tendu en équilibre et sur lequel je vis.

Mon haleine a tracé les courbes des nuages
Et le clap de la nuit a gommé mes oublis.
Je ris de bon matin aux serrures profanes
Aux galets voyageurs, ces hoquets, ces bandits.

L’enfant, qui se souvient, me tire par la manche
M’encourage à sourire, me glisser dans les plis
Les voiles, brins, les trames ; il me prend par la main.
Mes fils, aériens, m’accompagnent aussi.



Je dévale ravins,
Escalade montagnes,
Ne suis plus qu’un lointain
Qu’une ébauche
De cri.

J’ai pris tant de couleurs
De formes, de visages
Accosté aux pontons
De tant de féeries !

J’esquisse, hésitant
Un pas,
Un pas de danse
Et la Vie, partenaire
M’invite.
Je la suis.

Dialogue de l'impossible découverte


Bonjour ! Je vous salue
Me voyez-vous ? Je suis là
Oui, assis, mollement adossé
Dans cette jolie bulle, transparente
Faiblement irisé
Qui pulse, vibre, bat.
Comment ? Qu'est-ce que je fais là ?
Je ne sais pas je cherche
Ce que je ne connais pas. Je découvre ma bulle
au sein d'une autre bulle
Tout pareil à la mienne
Cherchant ce que je cherche
Enchâssement de bulles
Identiques, réelles
Parfaitement congrues.

Pschitt... Un nuage se lève
Chante le soleil
Qui désosse les rêves
S'écarquille le ciel
Je ne sais pas quoi faire
Avec ce firmament
Et vous ? Cet hydroptère,
Vous le croquez comment ?

...


Ah ?! C'est ainsi que j'opère
Pour les Trois Cavaliers
Vous savez, ces chimères
Qu'on aime redouter
La Nuit pendant nos rêves
Ces moments où l'on sait
Que tout est illusoire
Que rien vraiment, n'est vrai.

???


Pardon ? Je serais en plein rêve ?
Vous croyez ? Voilà que vous raillez.

....

Comment ? Ainsi le monde est père
Et je suis nouveau né ?
Voyons, vous confondez.

Je suis gazeux, la Terre, les ondes, les idées
Je suis si vieux que Mère
N'est pas même déjà née
Je suis votre langage
Vos jeux de mots, d'esprit
Et je suis cette bulle
Dans laquelle vous
Etes assis
Mollement adossé
Au sein d'une autre bulle
Transparente, jolie
Faiblement irisée
Qui pulse vibre bat.

...


Si je sais qui vous êtes ?
Non. Je ne sais pas je cherche
Je ne me connais pas.

Pêcheurs d'âmes


Un bruit mat comme l’ombre d’un fût
Sur un sol carrelé.
Une cloche qui tremble et qu’importe la lune
Un feulement doré.

Par les fenêtres ouvertes très au-delà des berges
Ils ont lancé leurs rêves
Détaché leurs harnais.

Une note éphémère, de poivre, aussi de miel
Quelques joncs, le mystère,
Ils ont lancé leurs rêves… Pêcheurs.

Ombre et lumière


Le soleil était haut et triomphait des ombres
Qui, patientes, attendaient, tapies dans les rayons.
L’astre plastronnait, enrobait toute forme
Certain de l’embellir, sous sa domination.

Au déclin, s’élevèrent regrets et vague à l’âme
Ignorant la beauté des ressacs, des vallons
Dessinés et sculptés, par le noir, par le sombre
La vigueur des reliefs, asymétriques dons.

Je ne veux ignorer aucune des lumières
Fascinantes maîtresses, pointeuses d’horizon
Mais ne peux renier la lame des ténèbres
Insolubles mystères, dont je suis compagnon.

Aduler le zénith, c’est se soumettre à l’ombre.
J’essaie de me glisser dans les démarcations
Regardant, droit, les gris, je peux accueillir l’or
Quand mes sens libérés, me guident, au diapason.

Galet


Comme un galet dans le lit de la rivière
Je sens
Un courant glissant sur mon dos tandis
Que le sable rêche arase mon ventre
Je roule
Imperceptible mouvement vers l'océan.

Déjà des bouts de moi sont ailleurs
Sur la grève
Là où les vagues caressent et usent
Je me fonds
Dans la masse liquide, ici, là-bas
Simultanément.

Où est mon existence ? Sur la plage
Dans la vague, le torrent ? Ou
Là-haut roche à flanc de falaise
Au creux chaud du magma
Ancêtre de la sphère. Gaïa.

Au coeur de l'étincelle
Eternel errant immobile, partout
J'érode
Maternelles écorces enveloppes géants
Protéiformes mutants.

Entre deux espaces d'éternité une main
Me saisit de ses doigts malhabiles
Me voilà vol saut voltige en simples
Ricochets...

Dédale


Et le dédale noir s'ouvrit sur le jardin.

Au centre, la fontaine, le chant de l'eau. Très bien.
Tout autour, des essences, des fleurs
Et le chant des insectes. Bien sûr.
Aucun doute, le soin règne, suinte, flotte
Transpire. C'est un lieu souverain.
Il fait si bon y vivre. S'éteindre.... Demain.

La lumière chemine le long des allées. Liens paisibles.
Le grossier - si fragile - flirte avec le fin.
Le précoce convole. Indécent et docile.
Le chagrin se tapit derrière les arômes
Au sérail du futile mais, pour l'heure
Les outils délaissés narguent l'infini.

L'opercule impitoyablement clos
Le jardin explose encore de couleurs
Qui peu à peu s'éteignent.
Il n'était qu'un jardin
Au sein du labyrinthe,
La perfection du cercle,
Du dédale une hernie.
Jolie.



Tremblant tu égratignes l'affiche
Déchires le papier
Le jardin disparaît
Ne reste qu'une note.
Un arôme, un son
Qui flottent, se combinent.
Quand tu ouvres les yeux...

Autre battement


Lundi. Ou jeudi peu importe
La mesure du monde décroît
Tandis que l'omnivore
Mélancolie grignote mes envies.

Les vagues ne cessent d'aller
Sans venir, les nuages peignent
D'autres rêves, des ombres
Que je traverse, sans voir.

J'aimerais qu'une cloche résonne
En un vallon étroit
Que l'encre d'un pinceau
Dessine sur la toile
Le froid.



Le lieu est si étrange
Il ne dit rien d'ailleurs
De voyages ou d'errances
Il semble sans substance
Nul sentier nulle trace
Ni passage ni vent.

Il n'est qu'un battement
Qui me flotte m'absorbe
Quand le son de la cloche
Dissout toiles pinceaux
Et que je rejoins l'onde
Nuages, rêves, ombres...

Délaissant les berceaux.

Lumière


La lumière t'appelle chante.

Tant de portes fermées ces obstacles illusoires
Tandis que là-bas aux carrefours
Toutes les routes ouvertes
Te figent.

Les passés en lignes de mire
Les futurs ces espoirs illusoires
Et comme compagnons la foudre les gouffres
Le ciel morne le couvercle
Ecrasant.

Des racines fragiles et toutes ces pitances
Vaines.
Des gestes frénétiques qui te laissent
Immobile
Forgé de rouille
Impatient
A jamais.

L'enfer. Déjà.

Pourtant la lumière t'appelle chante
L'univers danse
Où es-tu ?
Tu restes sourd
Parfaitement immobile figé isolé séparé.
Mort.
Sans être né !

Il te reste à mourir
Et puis naître
Te laisser danser la lumière
Chanter.

jeudi 8 juillet 2010

En un souffle


J’ai,
Une boîte de bois clair
Au couvercle de jade
Aux senteurs de lointain
Une boîte de hardes, chiffons
Poussières de rêves
Aux contours incertains.

J’ai,
Une boule de verre
Fragilement posée
En haut d’une étagère
Aux tréfonds d’un grenier
Qui dort, se désespère
De n’être visité.

J’ai, aussi,
D’autres boîtes aux couvercles
Savamment verrouillés,
Enchâssées dans des boîtes
Au sein d’une niche secrète,
Sculptée au froid poinçon,
Mécanique,
De mes peurs.

J’ai,
Un corset éphémère
Bouts de fils de fer usés
Un mannequin sur pieds.


Je suis,
- couloirs, cloisons, murailles –
Un labyrinthe
Dans un dédale égaré.


Parfois un souffle
Abroge les cloisons.
L’univers me respire
Tout est au diapason,
Me voilà, grain de sable
Poussière,
Poussière de rêve
Aux contours incertains.

Sans rire


Décor.


Des moustiques se rassemblent
c’est l’heure de l’orgie.
Les vampires s’attardent
très haut, la lune luit.
Des mouches, en tas, conspirent,
elles alertent les fées,
libellules volages
aux talents très surfaits.


Anamnèse.


Le monde, bille triste
fatiguée de tourner
sur son axe, s’incline,
poussière abandonnée.
Aux fins fonds du cosmos
d’autres boules paradent,
quelques gaz alanguis
fomentent leurs amas
futures galaxies.


Acmé.


J’aimerais que mon rire
traverse l’univers.

Non, sans rire, sérieux,
l’Humanité, la Terre,
le Berceau de la Vie !

Avant que je ne tombe
dans un profond trou noir
avant que mes neurones
synapses, ne s’éclipsent
avant que de ma tombe
je nourrisse les vers
j’aimerais que mon rire
déchire l’univers.


Analyse.


C’est un vœu fort modeste
minimale visée.
Si vous faites un geste
si vous aussi, riez
nos rires, leurs éclats
étourdiront la terre.


Pensée latérale.


Qui sait ? peut être suis-je
rêve, d’un être pétrifié
reflet de la lumière
machine, des octets ?
Peut-être suis-je plume
- voilà, la belle idée –
ou bacille, asticot
peut-être suis-je mort…
(J’invente le décès)


Conclusion.


La vaisselle s’égoutte
la pendule frémit
juste une autre minute
vers un autre horizon
la terre fait sa ronde
suit sa course. Demain ?
Un autre monde
tracera son chemin…


Postface.


Ma mémoire
ne cesse d’inventer
des vérités nouvelles, histoires
oubliées ; baguenaudes et billevesées mais…

J’aimerais tant, que nos rires
enfantent l’univers.

Partage


La musique s’enroule elle marque le Temps
sur les parois du verre l’alcool fait sa trace
de pétales tout blancs.

La musique sillonne elle pousse le Temps
vers des plaines d’automne où gît
parfois le vent…

Le Temps se fait caresse le Temps se fait soupir.
Il fredonne, l’aubaine ! il chuchote à ma joue
m’enveloppe m’entraîne il me fait les yeux doux.

La musique frétille elle aguiche le temps
le transporte en coquilles en éclats
de ciels blancs…

La musique divague elle feint la folie
et le Temps s’écarquille s’enrobe désuni.
Il s’étire en volutes il s’envole léger
en finesse de tulle en parures d’été.

La Nuit est souveraine la musique sa soeur.
Et le Temps leur complice m’offre son berceau
dans lequel je me glisse rencontre ces mots.

Un instant… pur délice infini un écot.  

Toi et moi


La photo est ancienne
elle scande le temps
qui fait sa course
d'obstacles.
Obstinément.

L'enfant y est au centre
noël en noir et blanc
la coiffure d'indiens
couteau et tomahawk
debout et devant l'arbre
figé, en mouvement.


Et là, je ne peux dire
ce que cet enfant sait
ce qu'il n'a pas su dire
ce qu'il a réfréné.

Et là, je ne sais dire
ce que cet être sut
ce qu'il aurait pu dire
ce qu'il a enterré.

Déjà.


Un visage de cire
un regard scrutateur
absence de sourire
seul, en spectateur.

Qu'aurait-il à me dire
me prescrire, souffler ?
Que puis-je lui offrir
lui confier, lui donner ?

Qu'avons-nous à troquer ?


Je te donne mes trêves
du calme, du repos
mes mains pour qu'elles t'apaisent
ma peau et tous ses mots.

Rappelle-moi nos rêves
offre-moi tes sanglots
tes cris sans quoi je crève
pousse-moi dans le dos
redis-moi l'inouï, les blasphèmes
pousse-moi dans le dos.



Indien à la peau blême
traverse les contrées
reprends tout ton espace
vole, mords, affamé
parcours ; à perdre haleine,
sois ton œil, ébloui
dévore les mystères
le temps, inassouvi
fais vibrer de ton rire…
Et que ta voix résonne.
Vis la vie.
Et jouis.



Ici
âgé de trop de raide
de rigide, d'étroit
même si le temps presse
si la courbe décroît
tranquillement, je veille
sur nous
sur toi et moi.

Chant / Contre-chant


La pièce était sombre. Et lunatique aussi.
Le long de ses murs couleur d'ombre,
des fils de soie tendus
et des taches verdâtres, drolatiques
s'en donnant à cœur joie.

Sa porte, femelle, était double. Et postiche aussi.
Elle ne s'ouvrait qu'à l'automne.
Des visages rieurs attendaient dès l'aurore
les visiteurs inquiets, soumis à leurs humeurs.
Sous leurs pieds, cliquetis de la forge
titillant, agaçant
leurs nerfs tendus d'opprobre.

Des laquais entichés de futurs catastrophes
égrenaient, fiers, replets, des serments, des reproches
et la pièce tourna au ballet des étoiles
noires
retenant, capturant la lumière.
Avant de l'exhaler.

Un bébé, terrifié vagissait sur sa couche.
L'aube morte sanglotait ses regrets
des soupirs asséchaient les corsages trempés
des nourrices affairés. Pouponnière géante.
Enchaînés, dans leurs geôles, s'époumonent
les justes, fulminent les héros,
tandis que sous l'égide, ses mailles,
bat le cœur trop fragile du modeste héraut.
Il console les riches de n'être pas aimés
tandis que de ses piques il exhorte
cohortes d'affligés romantiques
et le temple vacille
ses colonnes minées.

La pièce s'éclaire. Lunatique encore.
Le long de ses murs fauves
des masques sont cloués.
Et les peaux parfois tombent
en amas poussiéreux.
La brume s'évapore, admoneste ce lieu
qui redevient frivole, équivoque, crayeux.

La pièce s'illumine. Lunatique toujours.
Une goutte de sang s'étale ; disparaît…

Dans les plis de mon crâne où je l'ai dénichée
Gît cette farce ; l'existence.
Quand neurones copulent avec psyché…

Elle et lui


Les deux yeux grands ouverts, il rêve, voit la danse
des corps nus, alanguis, les gestes audacieux,
les regards extasiés, les alliances, jouissances,
elle et lui réunis, partages délicieux.

Elle, lèvres dessinées, se donnant le beau rôle,
suggère en silence, des bouches affairées
lapant, suçant, gobant des tiges, farandoles,
buccales dévotions, gourmandises sacrées.

Ses lèvres humectées, peu à peu se dépravent ;
elles s’ouvrent, s’étirent en un troublant ballet
ses jambes de concert, tout doux, se désentravent
et ses pieds coulissant, affectent de marcher.

Mi-fermées, leurs paupières succombent au désir
les bassins et les hanches, ondulent, vagabondent
chaque doigt, leurs phalanges se crispent de plaisir
leurs ventres affamés, exigent, correspondent.

A grands coups de béliers, leurs reins nerveux se lancent
des défis amoureux, voraces, obstinés
partenaires féroces, attentifs dans la transe
à l’émoi qu’ils suscitent, à leurs corps magnifiés.

Et ils voguent joyeux, portés vers l’allégresse
que nulle peur, morale ne vient euthanasier
ils rendent vains les dieux, religions et déesses
se donnant l’un à l’autre le bonheur d’exister.

Invite

Venez, je vous invite
faisons trois petits pas
imaginez la suite
allez, pressez le pas
venez, là, vous y êtes.
Le futur n'attend pas.

Ambiance de cloaque
sulfureuses sueurs
mirages démoniaques
sirupeuses odeurs
scansions qui hypnotisent…

Tenez, prenez ma main.

Goulets, alcôves, cryptes
aux reflets purpurins
antres vipérines
orgiaques, cramoisies
scansions qui hypnotisent…

Tenez, tendez la main.

Venez, je vous invite
encore trois petits pas
accueillez mon offrande
dévoilez vos appâts
venez, là, vous y êtes
le plaisir n'attend pas.

Comment ? vous frissonnez ?
Je brûlerai des cierges
lorsque tout sera dit
je sècherai vos larmes
endormirai l'oubli
abolirai les drames
lorsque tout sera dit.
Ces ripailles obscènes
vous seront pardonnées
venez, sans nulle crainte
vous êtes à croquer
venez, laissez vous faire
laissez monter son cri
Alors, tout sera dit.



Je roule ma déroute
dans le fond de mon lit
le sommier manifeste
son aigreur et je ris
quand la bile claironne
l'hallali.

Muette


Pudibonde blessure
délicate,
ombrée
d’une fine fourrure
je viens, doux, déposer
une délicatesse
un poème, un baiser,
une tendre caresse
une fleur de pommier.

Impudente nervure
Irradiante
Ourlée
D’une frêle parure,
Impérieux, je viens défier
Le ciel qui se déchire
La houle de l’océan
Le tonnerre qui roule
Les abysses et le vent
L’orage, la tempête
Le vertige, les tourments
Qui convulsent la terre.
Dionysos. Les Titans.

Païenne


Le parvis effacé
elle franchit le porche
lourd
sous la rose irisée.

La nef résonne
des aiguilles
ces talons impudents
qu’elle a osé chausser.

Le chœur
tachycardique s’emballe
sous le charme l’encens
soumis s’accouple
au parfum de la belle
à ses senteurs musquées.

L’autel fier
érigé – débandade -
lui offre ses reliques elle
s’esquive pivot
faisant voler sa robe
ses bas fleurs en tiges
violentent l’absidiale
ses discrètes rondeurs.

De ses doigts elle frôle
sa peau sous le tissu
voluptueux artifice qui souligne
le geste
autant que ses soupirs.

Accotée au pilier
elle pince ses lèvres
contourne délicate se glisse
cru
s’engage libère ses ardeurs.

Ogives, clés de voûtes pinacle
observent médusés le plaisir alangui
de la belle comblée
et son cri à l’orgasme
s’élever jusqu’aux cieux
aimables, connaisseurs.

Pose


Elle étire ses bras en “x” majuscule
sa chevelure brune coule, nuque, gorge, seins.
Son nombril, contrepoint, fédère, articule
les courbes et leurs ombres, les déliés et les pleins.

Son visage muet, elle pose, sculpture
invitant à lisser sur le bout de tes doigts
le grain et la douceur, les sillons, les nervures
de ce corps sur la pierre, étiré, bras en croix.

Des hanches aux chevilles et aux pupilles, nue !
Sans effet, sans parure, sous sa fourrure, nue !
Dans sa nudité pleine, de sa nudité crue, nue !

Au regard de certains, diablesse pour bûcher,
à d’autres tout autant pécheresse et péché
l’Ange serait Démon, polluerait les psychés.